
Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique. Agrément CNFMC n° 100415
2007-2008
Séminaire théorique I
Geneviève Morel
La libido dans le siècle : psychanalyse de l’image
Freud a écrit La Science des rêves en 1900, cinq ans après l’invention du cinéma par les frères Lumière. Or dans cet ouvrage inaugural de la psychanalyse, l’image est reine : plan fixe du fantasme mis en mouvement dans le rêve, souvenirs-écrans traduit en images floues, figuration crue du désir, déformations ravageantes de la censure, toute puissance du vœu et de l’enfant en nous, étranges formulations du « non », logique absurde du chaudron, mots d’esprit mis en rébus ou dessins animés, invention du rapport sexuel qui n’existe pas (dixit Lacan), beauté fascinante des femmes au cœur du tragique revisité (Œdipe ou Hamlet), deuils anticipés voire mélancoliquement souhaités.
Qu’y a-t-il eu d’autre dans le cinéma depuis sa naissance ? Ne s’agit-il pas, grâce aux progrès d’une technique toujours plus sophistiquée, de réaliser voire de dépasser ce que le rêve réalise avec tant de virtuosité, chez chacun de nous ? De mettre au dehors ce que nous avons de plus intime, d’en montrer l’universalité en partant du plus singulier ? D’en réaliser de façon « extime » les procédés les plus secrets ?
C’est comme si le cinéma et la psychanalyse étaient des jumeaux âgés d’un siècle, nés dans le berceau d’un monde dont les valeurs vacillaient et qui allait bientôt connaître les deux guerres les plus meurtrières de son histoire. Effondrement (relatif) du patriarcat, révolution d’octobre, tentatives de libération des mœurs et avènement du féminisme, effroyable invention de la mort de masse, mondialisation, délabrement écologique, etc. Le cinéma s’est fait politique, avant-garde nous montrant l’apocalypse réalisée et nous indiquant à rebours comment
En 1930, Freud dans Malaise dans la culture, inventait le surmoi culturel (Kultur-Über-ich), sorte d’institution psychique collective qui représenterait, dans une société donnée, les intérêts de la civilisation dans la lutte féroce d’Éros contre Thanatos. Hélas, ces intérêts, si supérieurs soient-ils, sont source de malheur névrotique par les conflits et les renoncements pulsionnels qu’ils exigent sans fin des individus. D’où le rôle ambigu d’une telle instance, relais entre la société et notre inconscient, et instigatrice d’idéologies. Or déchiffrer ce surmoi inconscient qui hante notre intimité et nous manipule à notre insu, préparant nos actes de demain, n’est pas si facile. C’est dans la culture qu’on y arrive peut-être le mieux, dans la littérature et surtout dans la production des images, innombrables à notre époque. Où l’on comptera aussi la vidéo d’art, la photographie, mais aussi la publicité et les images fascinantes de l’actualité.
Les psychanalystes, qui écoutent quotidiennement leurs contemporains, repèrent, dans la variété de ce qu’on leur confie sur le divan, les fantasmes singuliers mais aussi les courants culturels que rejoignent ces formations de l’inconscient. Ils peuvent alors apercevoir les convergences entre ces tendances et l’actualité des images produites de toute part.
C’est donc à une telle analyse de « la libido dans le siècle », appuyée sur Freud (Science des rêves) et Lacan (fonction du regard et du tableau, structure de l’hallucination, relecture de la phénoménologie), que nous vous invitons cette année.
Comme par hasard
Dans l’existence humaine, le hasard à un double statut. Il est à la fois craint et désiré. L’homme se sent son jouet mais en joue aussi. Il en fait même des maladies. « Ce sont les hasards qui nous poussent à droite et à gauche … », écrit Lacan, et « nous en faisons notre destin ».
Une femme trouve un collier de perles dans la voiture de son mari. Quelques jours auparavant, elle a rêvé qu’il avait rencontré une autre femme. Une fille découvre que sa mère est atteinte d’un cancer quand elle entend le mot « chimio » dans une conversation entre ses parents. Elle n’avait pas voulu voir dans quel état était sa mère. Un voleur « tombe » - c'est-à-dire qu’il est arrêté – dans la maison même où son père a subi une humiliation. Mais avant de commettre son acte, il ne savait pas qu’il était lié à cette maison par le destin de son père. Nous apprenons en effet mainte vérité par hasard et à nos dépens.
Le hasard nous fascine, non sans raisons. N’échappe-t-il pas à nos tentatives pour l’apprivoiser ? N’était-il pas jadis représenté par les agissements des dieux sur terre et incarné par leurs messagers ? Le hasard nous mène vers une altérité qui ne se paie pas de mots, bref au réel.
La complicité entre l’être parlant et le hasard n’a pas échappé à Freud. Il s’en saisit depuis ses trois premiers livres sur l’inconscient pour la détourner à son avantage. Notre inconscient se joue de nous au gré d’un glissement de la langue dans le lapsus, d’une méprise dans l’acte manqué, de la retrouvaille heureuse, dans un rêve, d’un reste diurne avec un désir infantile. Le hasard est donc le levier de ce qui nous détermine.
Le hasard a son mot à dire dans la constitution des symptômes. Tout n’y est pas réglé par la nécessité ni par le déterminisme biologique ou social. Étant donné qu’il agit dès l’instant traumatique, on peut retourner le hasard contre le symptôme. C’est en effet le pas de Freud quand il invente l’association libre, donnant ainsi sa chance à la parole du sujet.
À la différence de la psychothérapie qui veut supprimer le symptôme par des méthodes quelque peu magiques voire parfois cœrcitives, la psychanalyse, a toujours su amener le sujet à ce croisement des chemins où il peut s’affirmer et choisir malgré la dureté du réel.
Nous donnerons les repères théoriques et cliniques nécessaires à l’articulation entre hasard subi et assumé ; nous proposerons un choix de textes et accueillerons les interventions des participants qui le souhaitent, à partir de leurs pratiques respectives.
Les deux séminaires théoriques ont lieu successivement le samedi de 14 h 30 à 16 (G. Morel) et de 16 h 15 à 18 h (F. Kaltenbeck), les 20 octobre, 17 novembre, 15 décembre 2007, 19 janvier, 2 février, 15 mars, 17 mai, 7 juin 2008.
ESC Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, amphi B, métro : Gares.
Ouvert au public
20 E (TR : 8 E.) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique.