Présidence, Isabelle Baldet
Franz Kaltenbeck, psychanalyste à Paris et à Lille
Sur quelques écrits d'un jeune psychiatre, Jacques Lacan
On relira des textes rédigés par Jacques Lacan dans les années 1930, avant qu'il ne devienne psychanalyste. Cette production pré-analytique pose, entre autres, les questions suivantes : comment son expérience et sa production psychiatriques ont-t-elles joué dans sa pensée ultérieure ? Quelle est l'influence du Freudisme sur ces textes, contemporains de sa thèse ? Quel est le rôle de son goût avéré pour l'art et les lettres dans le mouvement qui l'a amené de la psychiatrie à la psychanalyse ?
Pierre Henri Castel, philosophe, directeur de recherches au CNRS, Paris
La psychopathologie cognitive contemporaine, et les chances bien réelles de la psychanalyse
S'il y a bien un préjugé enraciné, c'est l'incompatibilité de fond des incursions contemporaines des neurosciences cognitives dans le domaine traditionnel de la psychiatrie, et la psychanalyse. Les seuls points de convergence dont on entende parler sollicitent (à mon avis à tort) certains convictions naturalistes et positivistes de Freud, dans l'espoir de construire une "neuropsychanalyse", qui serait surtout une métapsychologie cognitive-friendly. Mais quand on entre dans les détails épistémologiques fins de cette nouvelle psychopathologie cognitive (évolutionniste) en formation, en respectant et sa complexité et sa diversité, on voit que les mêmes points d'achoppement sont toujours là, qui ont permis l'écart fondateur, chez Freud, à la neurologie de l'aphasie, où chez Lacan, via Jaspers, à la clinique psychiatrique des Classiques: le point d'énigme du sujet, la signification, le caractère intrinsèquement rationnel des affects, la socialité fondée sur le langage, etc. Au rebours des récusations unilatérales et de toutes façons impuissantes, car il ne sert à rien de rejeter des pensées et des abords du réel qui causent du déplaisir, j'essaierai de mettre en valeur certains de ces lieux problématiques dans la psychopathologie cognitive contemporaine, avec pour ambition de dissoudre certaines angoisses mal placées, et aussi de préciser les directions de travail laissées ouvertes par mon travail récent (L'esprit malade: Folies, cerveaux, individus, 2010).
—Pause—
11h 30-13h
Présidence Geneviève Morel
Esteban Radiszcz, psychanalyste à Santiago du Chili. Maître de Conférences à l’Université du Chili.
Quelques propos sur la question du pouvoir en psychiatrie et en psychanalyse, à partir du cas de la psychothérapie fondée sur l’évidence.
Le rapport étroit que la psychiatrie entretient avec le pouvoir – tout aussi bien dans sa pratique concrète qu’au niveau des fondements discursifs mêmes sur lesquels elle s’est déployée, a été examiné notamment par M. Foucault, R. Castel et E. Goffman. De nos jours, cependant, la psychiatrie ne saurait plus être rapportée de manière exclusive au pouvoir qui a partie liée avec sa constitution, à savoir le pouvoir disciplinaire. Comme Foucault le remarque, durant le XXe siècle, la psychiatrie s’est trouvée nouée à un tout autre pouvoir, moins lié à l’état policier qu’à l’administration de la vie. Or ce biopouvoir paraît trouver une expression particulièrement saisissante dans un champ dans lequel psychiatrie et psychanalyse se rencontrent : le domaine des psychothérapies. En effet, si le programme de la soit-disant psychothérapie fondée sur l’évidence, qui naît dans les dix dernières années, a pu avoir une incidence aussi profonde sur les politiques publiques en santé mentale, c’est dans la mesure où il semble représenter l’une des manifestations les plus frappantes de la gouvernementalité biopolitique.
Tout comme d’autres, propositions : à l’instar d’autres psychanalystes, nous avons pu montrer la distance qui sépare la clinique psychanalytique de telles pratiques psychothérapiques, mais nous n’avons caractérisé cette divergence que sur le plan éthique sans aborder le problème politique. Nous nous proposons donc de prolonger nos recherches en examinant la problématique politique qui paraît se trouver au fondement d’un tel programme, ce qui ne saurait se faire sans se confronter à l’épineuse question du pouvoir en psychanalyse.
Pascal Lec’hvien, psychologue clinicien au Centre Hospitalier Guillaume Régnier de Rennes, Chargé de cours à l’Université de RENNES II, membre de l’A.L.E.P.H.
Que peut devenir l’hospitalisation ?
Le contexte actuel de la santé mentale ramène désormais de plus en plus la spécificité du soin en psychiatrie au temps de l’hospitalisation, donc au traitement strict de la phase aigue ou critique. Cette nouvelle définition ouvre cependant à des interrogations :
- Peut on ainsi « détacher » le temps d’hospitalisation d’un avant et d’un après ? Sur quoi se détermine l’entrée et la sortie d’un patient ?
- L’hospitalisation peut elle encore prendre en compte le temps du sujet? Quelle fonction peut-elle avoir pour lui ?
Nous tenterons à partir de deux cas cliniques d’éclairer ces questions.
—Pause déjeuner—
14h30 -16h30
Présidence, Emmanuel Fleury
Benjamin Weil, psychiatre, Lille
Psychiatrie communautaire et psychanalyse
La psychiatrie est devenue une discipline médicale, statut dont nos prédécesseurs pensaient qu’il offrirait à son objet l’assurance de l’intérêt de l’académie. Elle subit, comme les autres spécialités, des évolutions techniques à visée objectivante, qui répondent aux exigences toujours plus grandes de responsabilité du médecin, vis à vis des patients et de la communauté.
Mais c’est justement quand il s’agit du soin d’une communauté, de la pression que celle-ci induit sur l’institution psychiatrique, que la discrétisation des signes devient manifestement inopérante et que la question du sujet se pose à nouveau avec force. La psychanalyse doit pouvoir à nouveau porter le message que le discours n’est pas qu’un moyen de communication scientifique, mais aussi l’outil du soin.
Eric Le Toullec, psychiatre psychanalyste, Toulouse
La folie à Hollywood : Mankiewicz, Forman, Scorcese
« Le cinéma est une forme qui pense » disait Jean-Luc Godard. Les films hollywoodiens sur la folie portent souvent à l’écran le conflit entre deux types d’approche thérapeutique, d’une part celle qui privilégie la parole libératrice sur le modèle souvent caricaturé de la talking-cure psychanalytique et, d’autre part, une approche organique neuro-chirurgicale sur fond d’enfermement asilaire.
Le dernier film de Martin Scorcese, Shutter Island (2010), reprend cette opposition sous une forme aussi inédite qu’ambigüe. En confrontant ce film avec des films plus anciens sur la folie comme Soudain l’été dernier de Josef Mankiewicz (1959) et Vol au dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (1975), j’interrogerai l’évolution de la représentation de la folie au cinéma et son insertion dans les discours contemporains
Christian Muller, psychiatre, Lille
Cruauté et Clinique
—Pause—
16h45-18h15
Présidence, Sylvie Boudailliez
Philippe Sastre-Garau, psychiatre, psychanalyste, médecin chef du service de santé mentale MGEN Lille
Les paranoïas : De la présence clinique à l’évanouissement nosographique
« Grâce à un retour sur l’histoire des paranoïas, nous tenterons de comprendre leurs disparitions progressives des nosographies. Nous évoquerons pourtant la fréquence clinique de celles-ci et les modes de présentation actuels repérables dans un centre de santé mentale. Un cas clinique illustrera la pertinence des concepts psychanalytiques tant pour poser un diagnostic que pour guider les interventions dans le soin. »
Jean-Paul Kornobis, médecin généraliste, Lille, Président de l’A.L.E.P.H.
Médecine générale, psychanalyse et psychiatrie
Lors de cette intervention nous chercherons à montrer à partir de deux séminaires de formation médicale continue réalisés en 2009, que, face au grand nombre de psychothérapies actuellement proposées (plus de 400), les outils forgés par la psychanalyse depuis Freud et Lacan, permettent aux médecins généralistes, devenus par la force des choses « médecins référents » de leurs patients, une analyse pertinente du discours et des idéologies qui servent de support de ces psychothérapies. Parce qu’elle n’est « pas toute » psychothérapeutique, la psychanalyse permet en effet de mieux comprendre les enjeux de santé mentale qui tentent actuellement d’adapter le soin aux facteurs économiques environnants. Nous chercherons à montrer comment, les médecins généralistes sont amenés, pour répondre à la demande d’ « usagers de la santé », à remplacer la clinique du sujet que suppose la notion d’inconscient freudien, par une modélisation neurobiologique plus facilement évaluable et quantifiable.
18h15-18h30
Conclusion du colloque : Franz Kaltenbeck
suivie d' un cocktail de clôture