
Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique. Agrément CNFMC n° 100415

Séminaire théorique I
Franz Kaltenbeck
La part de la langue dans la jouissance orale
selon le séminaire Encore (1972-1973) de Lacan et telle qu’elle se cerne dans la clinique psychanalytique
L’objet oral n’est ni le sein ni le lait maternel mais ce manque que l’enfant éprouve malgré la satisfaction de son besoin (sa faim, sa soif) et de sa demande d’amour (la présence de sa mère). C’est en transformant ce manque en « rien » que l’anorexique proteste contre l’écrasement de son désir par le gavage.
Même avant sa naissance, l’enfant est déjà pris dans les rets du discours de ses aînés, mais parfois aussi prisonnier d’un abîme de silence lorsque ses parents ne veulent rien savoir de sa venue au monde. En criant et en activant les zones érogènes de la bouche et des appareils respiratoires et digestifs, il tentera d’apprivoiser son manque d’objet, voire de le façonner comme un objet cause de désir. Ainsi commencera-t-il à s’insérer dans de concert des voix et des paroles des « grands », qui l’entourent. Mais il peut également refuser leur
compagnie – pour partir vers une des formes de l’autisme.
Que reste-t-il des premières activités buccales, vocales et auditives du petit enfant ? Une approche très particulière du langage et de la parole où se mêlent le destin de sa pulsion orale et les réponses de sa mère à sa demande. Or, on sait qu’une mère ne parle pas à son enfant comme à tout le monde. Elle s’adapte à son petit ; elle lui propose une langue spéciale, chargée de ses joies, de sa jouissance mais aussi de ses frustrations à elle. À partir de ces échanges primaires entre l’enfant et sa mère s’engendre ce que Lacan a appelé
lalangue, soit un idiome particulier à un sujet qui ne se réduit pas aux trois formes linguistiques – langage, langue et parole – distinguées par le linguiste Ferdinand de Saussure.
Par lalangue, Lacan ouvre le concept de l’inconscient à une autre dimension, celle de la jouissance : désormais, il ne se définit plus seulement par sa formule célèbre « l’inconscient est structuré comme un langage ». L’inconscient se laisse aussi attraper par les particularités formelles, stylistiques et rythmiques qui nous apprennent beaucoup sur ce qui s’est passé pour un sujet lors de ses premières rencontres avec l’autre maternel et l’autre du langage. On en trouve la théorie ainsi que des témoignages cliniques dans le livre de Geneviève Morel, La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel (Anthropos, 2008). En forgeant l’expression de la « jouissance du bla-bla », Lacan tient compte du fait que l’être parlant utilise certes la parole pour communiquer mais qu’il sait aussi en jouir. La jouissance du bla-bla transforme sa parole, la ravale parfois, mais des poètes comme Joyce, Leiris, ou Beckett ont réussi à l’élever à la dignité de grands textes. Nous trouvons cette jouissance du bla-bla sous la forme de la « tchatche » dans notre société et sur le net où elle est réinvestie dans la communication.
Je commenterai donc cette année des parties du Séminaire Encore (Points essais, Seuil), mais aussi de son écrit contemporain L’Étourdit (in Autres écrits, Le Seuil), où Lacan a ouvert la fonction de la parole et le champ du langage dans deux directions, la fonction de l’écrit et le champ de la jouissance. Des exemples cliniques accompagneront ce commentaire. C’est en effet aussi grâce aux résonances de lalangue et de la « jouissance du bla-bla » dans les discours de ses analysants que le psychanalyste peut combattre des symptômes comme l’anorexie, la boulimie et les addictions orales. Ce séminaire sera, une fois de plus, ouvert aux interventions de participants. Elles pourront porter sur une observation clinique ou un texte psychanalytique, proposé dans une bibliographie au début de l’année.
Séminaire théorique II
Frédéric Yvan
Sources philosophiques de la pensée de Lacan
Voracité de l'angoisse
Lors de la première séance du séminaire L'angoisse (1962-1963), Lacan imagine l'apologue suivant : un sujet portant le masque d'un animal – ignoré de lui – et se trouvant face à une mante religieuse géante – sans pouvoir observer sur la surface de ses globes oculaires comment elle le voit – sera dans la crainte et l'incertitude d'être dévoré. L'angoisse se manifeste donc quand le sujet ne sait
pas de quel désir il est l'objet de la part de l'Autre ; objet possible de la dévoration par l'Autre. Aussi Lacan éclaire-t-il la proposition énigmatique de Freud selon laquelle l'angoisse serait sans objet.
En nous rapportant à quelques références philosophiques – particulièrement empruntées à Kierkegaard –, c'est à cet événement de l'angoisse que nous nous intéresserons en nous attachant plus particulièrement à saisir comment cette rencontre avec l'Autre provoque le vacillement du sujet et lui signale le risque de son abolition.
La formation du psychanalyste doit inclure, pour Jacques Lacan, l'antiphilosophie – qui est mise au travail originale du savoir philosophique dégagé de son appropriation par le discours universitaire. Il ne s'agira donc pas
de se rapporter à une œuvre ou à un système philosophique du point de vue de sa totalité mais d'en dégager des fragments pour éclairer des concepts de la pratique et de la théorie psychanalytiques.
Les deux séminaires théoriques ont lieu successivement le samedi de 14 h 30 à 16 h (F. Kaltenbeck) et de 16 h à 17 h 30 (F. Yvan), les : 13 novembre, 11 décembre 2010, 22 janvier, 12 mars, 2 avril, 14 mai 2011. SKEMA campus de Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, amphi B, métro : Gares.
Ouvert au public – 20 € (TR : 8 €) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à "Savoirs et clinique".