L’homme sans symptôme – psychanalyse du lien social
Séminaire théorique I
Geneviève Morel
Vivre sans symptôme
« Je suis un homme léger », dit le héros d’un roman écrit en 1942 par Emmanuel Bove. Monsieur Lesca, un médecin qui n’a jamais exercé, se fait entretenir par son ex-beau père,martyrise sa sœur et s’évertue à escroquer une femme qu’il pensait aimer. Cet homme hypocondriaque et inquiétant semble être un personnage plutôt lourd. Que signifie cette découverte sur lui-même qui semble être une sorte de révélation ? Elle n’est pas sans évoquer ce que dit Freud du mélancolique, un homme certes malade mais lucide, qui dit la vérité sur lui-même (cf. le titre du roman, Un homme qui savait)lorsqu’il se trouve mesquin et égoïste. Cette « légèreté » évoque aussi ce que dit Lacan de la manie qui est couplée, on le sait, avec la mélancolie : « Le sujet n’y est lesté par aucun a[soit l’objet qui cause le désir], ce qui le livre, quelquefois sans aucune possibilité de liberté, à la métonymie pure, infinie et ludique,de la chaîne signifiante. » (L’angoisse, p. 388).
Ces personnes qui semblent n’être lestées par rien et qui parfois, pour cela même, s’adonnent à des addictions lourdes (alcool, drogues) ou se suicident, sont des sujets sans symptôme, au sens où Lacan l’a défini comme « sinthome » en 1975, soit comme ce qui noue le réel (la jouissance), le symbolique (le langage, la parole) et l’imaginaire(l’image du corps, le sens), et fait ainsi tenir la réalité. Parfois il ne s’agit que de crises répétitives, le sujet retrouvant son assise symptomatique d’avant la crise, mais parfois ce qui tenait avant une crise ne fonctionne plus. Il faudrait inventer quelque chose de nouveau et il n’y arrive pas.
Parfois ces personnes tentent de s’accrocher à des idéaux normatifs sociaux auxquels elles n’arrivent pas du tout à se conformer, montrant plutôt l’antithèse de ces normes dans leur vie : « Je veux seulement vivre normalement », disent-elles.
À partir de textes et de films, et suivant la clinique des présentations cliniques du samedi matin, le séminaire se penchera sur cette clinique de l’homme et de la femme sans symptôme, ce qui ne signifie pas sans pathologies graves, et sur le rapport de ces sujets avec la psychose, « parfaitement normale », et avec la mélancolie freudienne.
Samedi 13 mars 2010 de 16 h 15 à 17 h 30, dans le cadre du séminaire théorique de Franz Kaltenbeck
François De Gandt
Binswanger et Freud
Le psychiatre suisse Binswanger (1881-1966) a entretenu une longue relation amicale avec Freud. Directeur d'une importante clinique, il a repris à sa manière les idées et les méthodes de la psychanalyse, et suivi un chemin critique nourri de la phénoménologie de Husserl et Heidegger. Reprochant finalement à Freud son « naturalisme », il a conçu une anthropologie originale qui fonde une approche différente de la maladie mentale.
Fançois De Gandt est professeur d'histoire des sciences et de philosophie à l'Université Charles de Gaulle Lille III, auteur d'études sur Galilée, Newton, Husserl, et engagé dans la lecture critique de Binswanger depuis plusieurs années.
Les deux séminaires théoriques ont lieu successivement le samedi de 14 h 30 à 16 h (G. Morel) et de 16 h15 à 17 h 30 (F. Kaltenbeck), les 28 novembre,12 décembre 2009, 16janvier, 13 mars, 29 mai, 12 juin 2010.
SKEMA Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, amphi B, métro : Gares.
Ouvert au public
20€ (TR : 8€) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique.
Dernière modification : 10/01/2010