
Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique. Agrément CNFMC n° 100415
Conférences « Grandes références »
Savoirs et clinique invite cette année des psychanalystes de diverses orientations analytiques et des auteurs et chercheurs qui, dans leurs disciplines respectives, nous feront part de leurs réflexions. Ces rencontres publiques seront l’occasion d’un large débat.
Samedi 16 mai 2009, de 16 h 15 à 18 h, dans le cadre du séminaire théorique de Franz Kaltenbeck en collaboration avec ALEPH, CP-ALEPH et « L'enfant-objet »
Henri Rey-Flaud
—Un nouveau regard sur l’autisme
L’analyse des conduites quotidiennes des enfants autistes permet d’établir que ces
petits sujets sont restés enlisés dans le registre primitif des sensations, contremarqué par des « empreintes » qui constituent le premier état du langage, jusqu’ici ignoré de la psychanalyse. Ce constat, qui restitue son sens à de nombreux phénomènes considérés pendant longtemps comme aberrants ou énigmatiques, ouvre de nouvelles perspectives sur l’avenir des patients concernés.
Henri Rey-Flaud enseigne la psychanalyse à l’Université de Montpellier. Il est
notamment l’auteur de La vérité, entre psychanalyse et philosophie (Eres, 2007), Et Moïse créa les juifs (Aubier, 2006) et nous parlera de son dernier livre : L’enfant qui s’était arrêté au seuil du langage (Aubier, 2008).
Pour imprimer l'annonce (pdf) =>
Session 2008-2009
Séminaire théorique I
Geneviève Morel
La vie normale. Réflexions sur la folie au 21ème siècle
S’il n’existe pas de norme de la vie en soi, il existe en revanche des normes qu’on nous impose à longueur de vie. On peut donner plusieurs significations à « vie normale ».
Premièrement, « normal » a le sens de « banal », « ordinaire ». En ce sens, la vie normale des gens d’Armentières (cf. entretiens cliniques, infra p. 17), soit quand même leur vie de galère, est celle de beaucoup, vraiment beaucoup de gens, on l’oublie trop facilement…
Deuxièmement, « normal » s’oppose à « anormal », qui caractérisait la folie au 19ème siècle, comme nous l’ont montré les travaux de Michel Foucault. Or actuellement, au 21ème on a parfois le sentiment de retourner au Moyen-âge. Sous prétexte de protéger la société, une loi récente prévoit d'enfermer à vie pour dangerosité les personnes particulièrement vulnérables que constituent les condamnés à de longues peines au terme de la période de réclusion à laquelle ils ont été condamnés. Ne nous faisons pas illusion, ce genre de loi est populaire. On prend plus de gants pour légiférer sur les pitbulls… Pourquoi « normale » en ce sens ? Et bien par antiphrase : parce que les « anormaux » sont ceux qui ne correspondent pas aux normes de vie qu’on nous impose, c’est tout. Ils ne travaillent pas comme il faut, ils ne savent pas faire l’amour ni se marier, ils ne réussissent pas à faire des enfants comme il conviendrait, bref, ils ne sont pas adaptés à la société. Comment y répond-elle ? Avec des médicaments, des thérapies rééducatives ou cognitives, de couple ou de famille. Du soin dans le meilleur des cas, parfois du dressage (c’est parfois sous-jacent à certaines tendances thérapeutiques actuelles). Mais, souvent, par la rue où nombre de SDF passe régulièrement par l’hôpital psychiatrique voire même par la prison où les statistiques de malades mentaux explosent.
Troisièmement, ce titre évoque un paradoxe. Ces sujets, qu’on aurait classés comme « anormaux » au 19ème siècle, montrent souvent, dans leur discours, l’aspiration forte à une normalité conventionnelle. Ils sont souvent hyper normatifs et même rigides. Donc, « la vie normale » c’est aussi un idéal inaccessible. Et la société, n’en tenant pas compte, les juge et les rejette…
Quatrièmement, « normal » a un sens topologique référé à Lacan. Pour lui, chacun est « normal » dans sa structure. Et même, la folie est la structure normale par excellence alors que la névrose ou certaines psychoses rajoutent un symptôme qui fait tenir les choses ensemble et qui, retenant le sujet au bord de la folie, tord cette normalité. En ce sens, la vie normale est précisément celle de la folie. Ce dernier sens de « normal » est-il une élaboration lacanienne de la grande thèse reprise par Freud des médecins et des aliénistes du 19ème siècle, selon laquelle il n’y a pas de différence qualitative entre le normal et la pathologique (Cf. Canguilhem) ? Ainsi, pour Freud, le symptôme hystérique révèle, en l’exprimant au grand jour, le travail de l’inconscient dans le rêve ; l’amour est un phénomène normal mais qui a, dans sa phase aiguë, une forme pathologique ; la mélancolie nous enseigne sur le deuil, etc.
Toute interrogation sur la folie implique donc une réflexion sur la question des normes et de leur évolution dans nos sociétés. Toute étude de la causalité psychique implique la prise en compte du contexte social dont fait partie la question de la « normalité ».
Les deux séminaires théoriques ont lieu successivement le samedi de 14 h 30 à 16 h (G. Morel) et de 16 h 15 à 18 h (F. Kaltenbeck), les 11 octobre, 22 novembre, 13 décembre 2008, 10 janvier, 31 janvier,
14 mars, 16 mai et 6 juin 2009.
ESC Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, amphi B, métro : Gares.
Ouvert au public
20€ (TR : 8€) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique.