Savoirs et clinique 2012
 

Savoirs et clinique

Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique. Agrément CNFMC n° 100415

 
 
 
 
 

Prochain(s) événement(s)

13ème colloque de l’ALEPH
samedi 21 janvier 2012, Skema de Lille, avenue Willy Brandt, 59000, Lille
à Lille
Sexe, savoir et pouvoir

Le sexe, le savoir et le pouvoir s’enchevêtrent inextricablement. La science et la psychanalyse tentent, chacune à sa manière, de démêler cet écheveau où tous s’embrouillent. Ce qui noue ces trois termes, ce sont d’abord le langage et l’écriture.
Le savoir s’appuie sur le langage et l’écriture mathématique a été le médium principal du triomphe de la science moderne. Il n’y aurait ni informatique ni biologie sans les langages formels et leurs « petites lettres ». Le pouvoir n’est pas pensable hors l’usage du signifiant. Lacan en tient compte avec son concept du « signifiant maître » qui est à la fois le signifiant qui représente le sujet et un signifiant au service de l’ordre dominant. La psychanalyse vise, dans sa pratique, à produire ce signifiant traumatique refoulé dans l’inconscient, pour désamorcer son emprise sur le sujet. Il est moins aisé d’expliquer en quoi le troisième terme, le sexe, est lié au langage. Sans vouloir anticiper sur les lumières qu’apportera notre colloque pour répondre à cette question, nous dirons simplement ceci : S’il ne suffit pas de dire comme Freud que « l’anatomie, c’est le destin », c’est parce que la différence sexuelle ne se supporte pas seulement des caractères sexuels primaires et secondaires du corps. Les hommes et les femmes se rapportent avant tout de façon différente au langage. Cela implique qu’une femme ou un homme est libre de choisir son sexe malgré l’anatomie de son corps.
Mais cela ne veut pas dire qu’il ou elle en fasse abstraction. Ils en jouent parfois. Or tout choix repose sur un acte de langage. Le signifiant nous accorde ainsi une marge de liberté. En 1958, Lacan écrit que l’être parlant doit passer par la menace de castration pour assumer son sexe. Comme cette menace ne saurait faire l’économie des mots, qu’elle est donc symbolique, chaque sujet peut y répondre à sa façon. Les femmes y répondent d’une façon différente des hommes : elles ne se rangent pas à part entière dans le domaine défini par la fonction phallique, censée soumettre tout un chacun à sa législation castratrice. Sexe, savoir et pouvoir partagent encore le fait qu’ils nous dépassent et que nous ne pouvons pas nous en passer. De même que le pouvoir sans justice dégénère en violence, la justice sans pouvoir est impuissante. La détention du pouvoir pose néanmoins problème. Ainsi le partage du pouvoir dans les démocraties correspond il moins à une sagesse qu’à un calcul, car sa concentration dans la main d’un dictateur ou d’une oligarchie conduit toujours à la ruine d’un pays.
Le savoir, en lui-même illimité, montre toutefois à l’homme ses limites. Nul ne le possède dans sa totalité, même s’il est savant et érudit. Nul n’accède au savoir absolu. C’est parce que le savoir ne connaît pas de limites que tout ne peut pas se savoir.

Que nos trois concepts dépendent donc chacun de l’autre n’empêche pas qu’on ait envie de donner au savoir le privilège de prendre le dessus sur les deux autres. La philosophie a sans doute apporté un savoir sur le pouvoir politique et on ne peut nier que Freud, ses hystériques et leurs successeurs, aient produit un savoir sur le sexe. Mais un savoir peut-il exister sans pouvoir ? Cela serait-il pensable ? Lacan n’a-t-il pas dénoncé dès son « Discours de Rome » (1953) l’inconséquence des analystes qui, effrayés par la « figure de leur pouvoir », s’en détournent dans leur action même quand cette figure se montre à nu ? Lacan n’a-t-il pas remis le pouvoir à sa place dans la psychanalyse grâce à son écrit « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » puis, plus tard, dans sa théorie des « quatre discours » où le pouvoir s’inscrit à la place de l’agent du discours ?
Quant au sexe, il participe bien à la production des savoirs par le biais de la libido, que celle-ci agisse comme un moteur de la sublimation ou à l’intérieur d’un symptôme créateur, d’un « sinthome » !
Lacan distingue deux catégories de savoirs : le savoir dans le réel que le scientifique « a à loger » dans ses formules et le savoir de l’inconscient que le psychanalyste loge à une autre place, en tenant compte du savoir dans le réel et de ses effets sur l’être humain. Ce qui « passe » à l’inconscient n’est pas le sexe refoulé mais les bribes d’un savoir sur une expérience de jouissance sexuelle, bribes que le sujet n’a pu articuler. C’est ce « trognon de savoir », enkysté dans un symptôme, que le psychanalyste cherche à libérer par son interprétation.
Notre colloque interrogera donc les symptômes inquiétants qui se font jour dans notre société. On observe en effet une irresponsabilité grandissante au niveau politique, un vide du pouvoir décisionnaire, qui sont à l’origine de catastrophes toujours plus nombreuses au niveau de la santé, de l’environnement et de la stabilité économique. On croit pouvoir détourner l’attention de ce vide de pouvoir réel par les gesticulations du « tout sécuritaire », par la désignation de l’immigré comme bouc émissaire de la faillite économique, ainsi que par un souci de « pureté nationale », afin d’endiguer les poussées de fièvre qui font le bonheur de l’extrême droite. Les médias se font le support de l’hypocrisie ambiante dans
leur discours sur le sexe : d’une part, on importe en France, à la suite de « l’affaire DSK », le puritanisme à l’américaine, croyant pouvoir ainsi faire face aux impasses sexuelles de notre époque. D’autre part, on ferme les yeux face aux dérives de la jouissance liées aux sites pornographiques qui rapportent beaucoup d’argent. Or, la jouissance virtuelle cache mal les ravages de la misère sexuelle et permet d’éviter le risque de la rencontre réelle. Mais on ne dit pas assez que l’accès à cette jouissance industrialisée écrase le fantasme et se paie par
l’augmentation des agressions sexuelles.
Ce colloque mettra à l’épreuve la théorie et la clinique analytiques contemporaines : comment la clinique analytique affronte-elle ce qui nous dépasse dans le sexe, le savoir et le pouvoir, pour les apprivoiser ? Quelles évolutions de la théorie nous permettent-elles de nous orienter dans l’écheveau formé par ces trois concepts ?

Renseignements : www.aleph.asso.fr

Retour

lacan, Marx, matérialisme
 
Savoirs et clinique 2012
 
savoirs et clinique
 
Clinique des addictions
 
Savoirs et clinique numero 12
 
Clinique du suicide
 

Actualités

Chargement : 159 ms

 
 
Revue de psychanalyse Savoirs et clinique
 

Formations Savoirs et clinique

Chargement : 211 ms