Savoirs et clinique Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique

Savoirs et clinique

Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique

 
 
 
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Présentation de Savoirs et clinique

2009-2010


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Introduction


La psychanalyse s’enseigne-t-elle ?

Franz Kaltenbeck
L’enseignement de la psychanalyse ne se limite pas à un seul lieu privilégié ni à une institution unique. Certes, la psychanalyse a trouvé accueil dans quelques départements universitaires à travers le monde et ils font un excellent travail. Mais, d’une part ils sont peu nombreux, d’autre part ils n’ont ni la prétention ni la compétence pour assumer à eux seuls la formation intégrale du psychanalyste. Celle-ci prend sa source dans une expérience personnelle, voire intime, du sujet, la psychanalyse didactique qui, elle, ne saurait être assurée par l’Université. Ce sont plutôt les associations et les écoles de psychanalystes qui ont vocation à garantir cette formation, pour autant qu’ils disposent d’un certain nombre d’analystes capables d’amener un analysant jusqu’à ce point de son analyse où il pourra éventuellement prendre lui-même la position du psychanalyste. Pour des raisons inhérentes à l’histoire de la psychanalyse, ces institutions sont multiples. Elles ont pourtant une tâche commune : elles doivent s’offrir comme un lieu où l’on apprend la théorie, la clinique et l’histoire de la psychanalyse ; elles ont à extraire un savoir très particulier de l’expérience personnelle des analyses thérapeutiques et didactiques conduites par les analystes ; et, enfin, elles se conçoivent aussi comme des laboratoires de recherches, avec l’ambition de développer un savoir nouveau.
Ce n’est pas un hasard si Freud a écrit ses trois premiers livres, La science des rêves, La psychopathologie de la vie quotidienne et Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, lorsque sa correspondance avec W. Fliess perdait de son importance. Son ami Fliess avait joué pour lui le rôle de l’analyste. Avec ces livres, Freud ne s’adressait plus à un partenaire unique, il ne les dédiait pas non plus à ses collègues de la faculté de médecine, et il n’avait pas encore d’élèves rassemblés autour de lui. Il offrait plutôt ses ouvrages à l’humanité entière.
Certes, il n’a pas atteint les masses avec ses premiers livres, mais seulement quelques individus venant d’horizons très différents : médecins, étudiants, historiens, juristes, artistes, etc. Mais il n’a fallu que quelques années de plus pour que sa pensée passe dans d’autres pays, sur d’autres continents.
Freud avait pourtant une autre ambition : ne pas offrir seulement son savoir mais aussi sa « méthode », la psychanalyse comme thérapie des « psychonévroses ». À partir de là, son enseignement, formulé dans un style accessible à tous, se voulant universel, retrouve sa dimension particulière. Comment devient-on psychanalyste ? Cette interrogation s’ajoute à la question que formule notre titre, elle la déplace en même temps.
« Si on me demande de savoir comment on peut devenir psychanalyste, alors je réponds : par l’étude de ses propres rêves. » Cette phrase de Freud figure dans la troisième de ses leçons à la Clark University (septembre 1909). Elle nous paraît aujourd’hui bien peu exigeante. Elle a pourtant une grande portée. D’une part, l’interprétation des rêves était à l’époque au centre de la cure. D’autre part, La science des rêves était un livre maudit par les adversaires de son auteur. C’est seulement trois ans plus tard (1912) que Freud adopta un principe toujours en vigueur : quiconque veut pratiquer la psychanalyse doit avoir fait lui-même une analyse avec « quelqu’un d’expérimenté en la matière ». La fondation, en 1910, de l’Association Psychanalytique Internationale avait la visée de protéger l’authenticité freudienne contre « les psychanalystes sauvages », ceux qui s’autorisaient de Freud sans accepter sa doctrine. Mais l’extension de cette association jusqu’au nouveau monde posait un problème inédit : sur quels critères allait-on admettre dans un groupe lointain de nouveaux membres que personne ne connaissait ailleurs ? L’idée d’un « diplôme pour psychanalystes » surgit alors dans la tête d’Oskar Pfister qui la soumit au Congrès de La Haye (1920). Mais Sandor Ferenczi refusa cette motion dans une lettre au « comité secret ». La formation du psychanalyste devint alors un souci majeur de l’Association. C’est à partir des travaux de l’Institut de Berlin que l’on formalisa la formation. On introduisit le contrôle et on distingua l’analyse thérapeutique de l’analyse didactique. Séparation à laquelle Ferenczi s’opposa dans sa communication sur la terminaison des analyses, en 1927.
Un an auparavant, Freud avait été amené à protéger Théodore Reik, un de ses élèves les plus fidèles, contre l’accusation de charlatanisme. Par cet acte, il défendit aussi un principe qui lui tenait à cœur : celui de l’analyse profane. Son pamphlet La question de l’analyse profane (1926) n’a, hélas, rien perdu de son actualité ! Freud avance dans cet « entretien avec un homme impartial » les raisons de l’autonomie de la psychanalyse vis-à-vis de la médecine. Si « l’école supérieure de psychanalyse » qu’il appelle de ses vœux inscrira certaines matières médicales — comme l’anatomie — dans son programme, elle ne se subordonnera pourtant pas à la faculté de médecine. Elle offrira aussi bien des cours de littérature, de mythologie ou de science des religions.
À la fin de sa vie, Freud s’interrogea à son tour sur la fin de l’analyse. L’analyse doit donner au candidat la conviction ferme que l’inconscient existe, écrit-il, en recommandant aux analystes de reprendre une cure tous les cinq ans.
Jacques Lacan revient en 1967 sur ce point crucial. Qu’est-ce qui permet de décider si quelqu’un sera capable d’exercer la psychanalyse ? Cette décision ne peut se prendre qu’à la fin de l’analyse. Il faut donc vérifier si cette fin a été atteinte et si l’analyse a fait de ce sujet un psychanalyste. Est-ce qu’elle a engendré le « désir de l’analyste » qui lui permettra d’opérer à son tour comme psychanalyste ? Pour cette vérification, Lacan a inventé un dispositif et une procédure : « la passe ». Le sujet y témoigne du chemin qui l’a amené à la place du psychanalyste. Comme l’a écrit Freud, il faut avoir éprouvé la psychanalyse « avec son propre corps » ; elle ne s’apprend pas dans les livres ; on ne devient pas psychanalyste en écoutant des conférences.
Et pourtant, les enseignements psychanalytiques sont indispensables. Ils éclaircissent la pratique, ils mettent la clinique à l’épreuve, ils enseignent la psychopathologie. C’est l’une des raisons pour lesquelles des éducateurs, des psychologues, des psychothérapeutes, des psychiatres et même des enseignants vont parler de leur pratique avec des psychanalystes, lors d’entretien de « contrôle » ou de « supervision ». Les enseignements analytiques et leur publication permettent également au grand public de rencontrer la psychanalyse avant d’aller voir un psychanalyste. Mais ils ont avant tout la fonction de transmettre la psychanalyse dans un langage clair et simple, sans pour autant renoncer à sa complexité.


Présentation de Savoirs et clinique1


Geneviève Morel

L’association Savoirs et clinique, fondée en 1999, est née de l’initiative des enseignants de la Section clinique de Lille qui souhaitaient poursuivre le travail engagé depuis 1993 dans le cadre de celle-ci, après leur séparation d’avec l’Institut

du Champ freudien. Ses enseignants, membres de l’Association Lilloise pour l’Étude

de la Psychanalyse et de son Histoire et, pour la plupart, du Collège de psychanalystes — ALEPH, sont orientés par l’enseignement de Lacan et la lecture de Freud. « Savoirs et clinique » est une association indépendante de tout groupe analytique, mais elle contribue à la formation psychopathologique, théorique et clinique des membres du Collège de psychanalystes — ALEPH.



Sa structure lui permet une ouverture accrue sur d’autres champs du savoir (psychiatrique, médical, scientifique, philosophique, linguistique, littéraire, artistique) et des échanges renforcés avec des praticiens de diverses orientations

psychanalytiques. La qualité d’un débat scientifique y est donc une exigence constante de ses enseignants.



Savoirs et clinique offre, dans le cadre de la formation permanente, de la formation médicale continue ou à titre personnel, des enseignements qui s’adressent aussi bien aux travailleurs de la Santé mentale, psychiatres, médecins, psychologues, éducateurs, orthophonistes, psychomotriciens, assistants sociaux et infirmiers qu’aux psychanalystes, aux psychothérapeutes, aux enseignants et aux étudiants intéressés par le savoir psychanalytique. Ces enseignements, s’ils sont absolument nécessaires à la formation des analystes, n’habilitent pas à eux seuls à l’exercice de la psychanalyse et ne délivrent ni titre ni diplôme. Une attestation d’études cliniques est remise aux participants à la fin de chaque session. Notre but est de faire face à la complexité réelle de la clinique, sans la voiler par l’opacité des concepts ou la confusion d’un faux savoir. Notre méthode est celle d’un aller-retour, du cas au concept, et du concept au cas.



Dans les « présentations cliniques2 » (à l’E.P.S.M. Lille-Métropole et à l’E.P.S.M. de l’agglomération lilloise), lors desquelles la parole est donnée à un patient, hospitalisé, qui l’a souhaité, nous allons du cas au concept. Après l’entretien, mené

par un psychanalyste, le cas du sujet est minutieusement construit, le fil de l’histoire est reconstitué, avec ses épisodes aigus et ses temps morts. Le symptôme du sujet, articulé dans ses propres mots, s’en dégage souvent avec une netteté qui surprend.



Il donne sa cohérence formelle à une existence parfois chaotique ou errante. La logique des passages à l’acte, leur liaison à un éventuel délire s’articule au diagnostic de structure, toujours discuté à partir d’hypothèses contradictoires. Il arrive alors qu’on saisisse là, en direct, la force d’un concept qui, à la seule lecture, vous échappait depuis toujours.



Les ateliers réalisent un retour du concept au cas. Ils mettent en effet à l’épreuve de la transmission du cas clinique la capacité de nos concepts à saisir le réel. Dans les ateliers qui accompagnent les présentations, qui sont particulièrement précieux pour les nouveaux participants, les enseignants introduisent les concepts fondamentaux qui permettent de saisir ce qui se passe lors de la présentation. Dans les ateliers sur l’enfant et la prévention du suicide, des participants exposent en atelier des cas de leur pratique, souvent institutionnelle, avec des enfants, des adolescents ou des adultes. L’enseignant commente, les autres participants évoquent leur propre expérience et discutent. D’importants articles de la clinique psychanalytique ou psychiatrique servent de contrepoint aux exposés de cas. Par l’intermédiaire d’une lecture, on soumet à une approche comparatiste diverses façons d’aborder un thème clinique : celles qu’amènent les participants, issues de leurs études ou de leur pratique, et celles qu’oriente l’enseignement de la psychanalyse depuis Freud. Ainsi peut s’ébaucher un dialogue entre des personnes

parlant, au départ, à partir d’expériences différentes.



Les séminaires théoriques sont le cadre d’une élaboration approfondie, historique et raisonnée, des concepts analytiques. Ceux-ci sont confrontés à l’actualité, et réévalués en fonction des grands problèmes contemporains qu’ils permettent de cerner.



Les conférences « Grandes références », organisées conjointement avec le Collège de psychanalystes et ALEPH, complètent le triptyque clinique, pratique, théorique sur lequel repose la formation. Elles sont l’occasion d’écouter un auteur, un chercheur ou un psychanalyste nous parler de ses travaux originaux. Elles sont suivies d’un débat avec le public.



La neuvième session de Savoirs et clinique, organisée entre octobre 2009 et juin 2010, sur le thème « L’homme sans symptôme – Psychanalyse du lien social » comprend l’ensemble suivant : six samedis dans l’année, deux séminaires théoriques et des conférences « Grandes références » ouverts au public, ainsi que deux ateliers en petit groupe accompagnant chacun une présentation clinique ; un lundi soir par mois, un atelier sur l’enfant ; un mardi soir par mois un atelier sur les sources philosophiques de la pensée de Lacan.



Les soirées sur la prévention du risque suicidaire, se poursuivront aussi un lundi soir par mois en 2008-2009, avec un nouvel angle d’approche : « Alcoolisme et suicide ». On peut participer à un seul atelier se déroulant en soirée, indépendamment de l’ensemble précédemment décrit. Chaque participant peut choisir les enseignements qui l’intéressent (cf. encart au milieu de la brochure). La formation est agréée par la formation médicale continue.



Cette année, un stage de deux journées intitulées « Introduction à Lacan clinicien » et « Lire Lacan » permettra d’étudier un certain nombre de concepts psychanalytiques indispensables à l’écoute de la présentation clinique. Il peut être

suivi indépendamment du reste de la formation mais il est obligatoire pour assister

aux présentations.



Certains des travaux élaborés par les participants, avec l’aide des enseignants, dans le cadre des ateliers et des présentations cliniques, seront publiés dans la Revue Savoirs et clinique, dont les premiers numéros, L’enfant-objet (mars 2002), Premières amours (mars 2003), Effroi, peur et angoisse (octobre 2003), L’enfant devant la loi (mars 2004), Mourir… Un peu… Beaucoup. Clinique du suicide II, Transferts littéraires (octobre 2005), Art et psychanalyse (octobre 2006), L’écriture et l’extase (octobre 2007), Sexe, amour et crime (octobre 2008), Le corps à la mode ou les images du corps dans la psychanalyse (mars 2009) parus aux éditions Érès, ont été offerts aux participants. Ces enfants qui ne jouent pas le jeu paraîtra en octobre 2009.




1] Association pour la formation permanente en clinique psychanalytique, affiliée à la formation médicale continue - Norformed, agrément FMC n° 100415 par le CNFMC.



2] Présentations cliniques qui font partie du DES de psychiatrie de l’université de Lille, à titre optionnel, et admettent à ce titre les internes en psychiatrie.

 
Dernière modification : 26/06/2009

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